jeudi 9 septembre 2010
        Accueil du site
        Actualités
        Plan du site
        Espace rédacteurs
 
» Présentation » Contributions des professeurs » Notes de lecture (1)
 

B2i


 




Hannah Arendt et la crise de l’éducation
Notes de lecture (1)
réalisées avec les Terminales L promotion 2006

 
L’article de Hannah Arendt s’insère dans un recueil (La Crise de la Culture) à une place qui n’est pas anodine. La tradition et l’autorité sont en crise, et avec eux sont devenus difficiles à penser les concepts d’histoire et de liberté. La crise de l’éducation, qui s’inscrit dans le cadre plus large d’une crise de la culture, est le fruit de cette situation.

La crise de la culture est une crise politique

La crise de la culture se traduit principalement par la marchandisation de la culture, sous la forme de la culture de masse. L’objet culturel n’est plus voulu pour faire grandir l’esprit, mais pour générer de la richesse ou du loisir, qui sont deux nécessités de la vie biologique.A cet effet, on va le produire en masse, et pour les masses.

Les objets de la culture sont ainsi dévorés par le processus vital de la société. Or la vie politique est le règne de la liberté humaine, tandis que la culture est cultura animi (culture de l’exprit), elle forme en l’homme de goût un homme capable de juger, discuter et discerner, ce qui est l’essence même de la vie politique.

La crise de la culture signifie donc aussi une crise du politique.

La crise de l’éducation est aussi une crise de la culture

La crise de l’éducation participe elle aussi à cette crise de la culture, qui est au fond une crise politique.

La première cause que souligne Arendt est la crise de l’autorité : les théories modernes sur l’éducation reposent sur le préjugé selon lequel l’autorité s’oppose à la liberté. Mais en réalité, délivré de l’autorité de l’adulte, l’enfant est soumis à celle, bien plus tyrannique, du groupe de ses semblables ou simplement livré à lui-même. Quoiqu’il en soit il est « banni du monde des adultes ».

La seconde raison tient à ce que l’enseignement s’efforce de substituer le faire à l’apprendre et le jeu au travail : « Ce qui précisément devrait préparer l’enfant au monde des adultes, l’habitude acquise peu à peu de travailler au lieu de jouer est supprimé au profit de l’autonomie du monde de l’enfant ». Qu’est-ce alors qu’éduquer ?

Eduquer, c’est introduire à un monde que l’on transmet et dont on assume la responsabilité.

Il faut revoir ici la notion de « monde » telle que le définit Arendt, en relation avec les trois grandes activités : travail, œuvre, action. Il y a nécessité d’un monde précisément parce que la vie humaine ne se réduit pas au seul processus vital "biologique, qui est la finalité du travail. La constitution du monde commence avec l’œuvre, et la production d’objets destinés à durer et transformer l’environnement en un monde habitable qui puisse abriter les autres dimensions de la vie de l’homme. Le monde est encore nécessaire parce que l’enfant est « un nouveau venu » et non pas seulement « une créature vivante pas encore achevée ». Le rôle de l’éducation est de protéger l’enfant du monde afin de pouvoir l’y introduire, mais aussi de « protéger le monde contre la vague des nouveaux venus qui déferle sur lui à chaque génération ». Le monde politique est celui de l’action, c’est à dire de la liberté.

La crise de l’éducation a les mêmes racines que la crise du politique : c’est une crise de l’autorité.

La crise de l’autorité et l’avènement du social

Arendt appelle "avènement du social" la disparition de la vie politique, fondée sur la délibération entre des personnes libres et égales, au profit d’une organisation de la vie commune régie par les nécessités de la production des biens de consommation. Mais pour Arendt, les hommes ne naissent pas libres et égaux : ils sont libres parce qu’ils se sont libérés des nécessités de la vie économique, et ils sont égaux parce qu’ils se sont élevés à la vie de l’esprit, c’est à dire à la culture. Lorsque ce n’est plus l’homme qui décide, mais les nécessités économiques, l’autorité n’est plus celle d’un homme libre sur d’autres hommes libres, mais elle s’apparente à celle du père de famille sur sa maison, c’est à dire sur des êtres qui n’ont encore conquis ni la liberté ni l’égalité. C’est cela qu’Arendt appelle "l’avènement du social". L’autorité politique disparaît au profit de la gestion des biens, humains et matériels, en vue de la production des biens de consommation.

Le problème de l’éducation est donc de savoir quel monde transmettre, et de le transmettre.

« Dans le monde moderne, le problème de l’éducation tient au fait que par sa nature même l’éducation ne peut faire fi de l’autorité, ni de la tradition, et qu’elle doit cependant s’exercer dans un monde qui n’est pas structuré par l’autorité ni retenu par la tradition. » Alain finkielkraut note que dans le monde des technologies nouvelles, ce sont les adultes qui sont en retard sur les enfants.

Arendt tire deux conséquences pratiques : « En pratique il en résulte que, premièrement, (...) le rôle de l’école est d’apprendre ce qu’est le monde » qui est plus ancien qu’eux (rapport à la tradition) « et non pas de leur inculquer l’art de vivre » et deuxièmement « qu’on ne peut éduquer les adultes » ce qui est l’ambition de la transformation du politique en social, « ni traiter les enfants comme de grandes personnes » c’est à dire penser que le monde des enfants se suffit à lui-même...

 

Hannah Arendt, 1906-1975
Fichier BMP - 36.9 ko
 
 
Publié le mercredi 3 octobre 2007

 
 
 
Les autres articles de cette rubrique :
 
Publié le vendredi 13 juin 2008
Mis à jour le jeudi 12 juin 2008
 
Publié le vendredi 16 février 2007
 
Publié le vendredi 16 février 2007
 
Publié le lundi 3 septembre 2007
Mis à jour le mardi 3 juillet 2007
 
Publié le jeudi 12 février 2009
Mis à jour le mercredi 11 février 2009
 
Publié le mardi 11 mars 2008
Mis à jour le mercredi 2 avril 2008
 
Publié le jeudi 12 février 2009
Mis à jour le mercredi 25 février 2009